Comme dans un rêve ...

Ce matin au réveil, j’ai l’image d’un train qui roule en marche-arrière… Là d’où je suis j’aperçois des bras qui s’agitent et des têtes qui dépassent par les fenêtres ouvertes. Des sons me parviennent, sourds, lourds, avec une rythmique métronomique implacable. J’entends des cris, des hurlements et ce train qui roule, qui roule en arrière, qui prend de la vitesse au fur et à mesure. Tout semble s’accélérer et rien ne semble vouloir l’arrêter… pas même les occupants, pas même le conducteur qui s’est laissé entraîner dans cette folle descente !

 

Je ne me souviens pas précisément à quel moment je suis descendue de ce train ? Parce qu’effectivement la scène se déroule sous mes yeux et, je ne suis plus à bord cette fois définitivement, car si je veux être honnête je suis montée dans ce train à de multiples reprises et en suis descendue tout autant.

 

Dans ce train tout est facile, organisé, structuré, il suffit de suivre les instructions et d’appliquer bêtement les directives sans poser, ni se poser de questions alors au terme d’un délais vous êtes récompensé.

Vous pouvez aussi en plus de votre aumône mensuelle, obtenir des promotions et ça c’est uniquement pour les « excès-zélistes » et « lécheurs de couilles » je sais ça fait raccourci, mais le temps presse, ce train va à toute vitesse et il n’y en a plus pour les pincettes.

 

Ces up-grade et médailles viennent enrober de miel votre part d’égo, lisser votre façade et tromper votre entourage jusqu’à vous tromper vous-même, d’autant plus si votre activité se retrouve mise en lumière quotidiennement ou régulièrement.

 

Vous êtes dès lors amené à rencontrer les plus grands qui gèrent votre compartiment, mais ne se trouvent pas dans ce train qui roule en marche arrière, ainsi que ceux qui gèrent le wagon, et ainsi de suite jusqu’à rencontrer ceux qui gèrent ce train fou. Vous vous sentez enfin reconnu, vu, apprécié, vous avez le sentiment d’exister aux yeux des autres, vous trinquez avec ce « beau monde » avec l’inaccessible, vous occupez un poste important, vous êtes devenu celui qu’on attendait du coup vous vous êtes perdu Vous.

 

Au détour d’une grande fête pour fêter votre accession, dans les vapeurs d’alcool et les brumes érotiques, vous sentez comme une tape amicale sur l’épaule, pour une demande de service spécial, un laissez-passer, une petite faveur, un donner pour un rendu, un passe-droit, un léger écart, une entorse,…

 

Au petit matin vous vous réveillez groggy et avez du mal à faire face à ce sentiment nauséeux qui vous habite, pris de remords vous tentez une marche arrière délicate avec votre tapeur d’épaules, sans succès et il est devenu subitement inaccessible. Vous voilà pris avec votre fil à la patte et éternellement redevable.

 

Tout comme vous, certains voyageurs pour d’autres raisons que ce qui vient de vous arriver, n’apprécient pas vraiment leur activité à l’intérieur de cette organisation, par manque de bon sens, de respect humain etc, Rassurez-vous tout est prévu dans ce train, on ne vous laissera pas déprimer comme ça, on va vous occuper l’esprit, en créant toutes sortes d’activités en vous rendant, l’air de rien »  l’accès facile à des substituts de bonheurs que sont (l’alcool, la drogue, les jeux, la bouffe, la TV, le Foot, …), vous êtes invité aux plus belle fêtes.

 

C’est à ce moment là que ce train passe sous mes yeux, que la musique va à fond la caisse, que l’alcool coule à flots poussant les uns à des mises en situation dangereuses passant leurs bras à travers les fenêtres ouvertes de ce train en perdition, les autres à rires à gorges déployées sans raisons et certains à oser des gestes limites envers leurs congénères.

 

C’est aussi à ce moment là que la vision qui se déroule sous mes yeux ce matin m’est apparue, j’avais envie de crier, de hurler de descendre du train. J’ai crié, j’ai hurlé qu’il était encore temps, temps de descendre de ce train machiavélique lancé à toute vitesse, temps de faire le pas, temps de devenir responsable, temps de prendre son autonomie, temps de se respecter, temps d’être sois, temps de vivre, temps de créer, temps de croire en soi, temps de partager, temps d’aimer, … J’ai crié, j’ai hurlé, je me suis agitée, j’ai fait des grands signes, …. Ils ne m’ont pas entendue, ils m’ont répondu par des signes sur le rythme de la musique avec des grands sourires, ils n’ont pas compris …

 

Ils ont continué sur leurs rails, poussés par les moteurs de la réussite croyant jusqu’au bout qu’ils étaient en train de réussir ! Je les ai regardés s’éloigner, ils devenaient de plus en plus petits à peine visibles à l’œil, le bruit de cette musique s’estompait pour retrouver le doux murmure de la nature luxuriante et abondante.

 

Je ne les ai jamais revus.

 

J’ai ouvert les yeux avec soulagement persuadée de sortir d’un cauchemar, … ce n’en n’était pas un juste une métaphore.

 

 

J’entends au loin les paroles de Francis «Est-ce que ce monde est sérieux ?» ….

 

SG

 

 

Écrire commentaire

Commentaires: 0